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Saint Félix, notre village en Picardie (60370)
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Vie de notre commune

Aide à la visite de l’église SAINT-FELIX
Article mis en ligne le 7 mars 2012
dernière modification le 2 août 2017

par Mauricette
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Aide à la visite de l’église SAINT-FELIX

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Modillons grimaçants observables à la jumelle

L’église a donné son nom au village. Sa première caractéristique est d’avoir un plan en forme de T, ce qui la différencie des églises habituelles qui ont le plus souvent un plan en forme de croix latine ou, pour les plus modestes, en forme de I majuscule. Cette particularité n’apparaît pas sur la photo retenue par lI.G.N pour sa carte au 1/25000. (Clermont-Creil, forêt de Hez-Froimont).

Les automobilistes éviteront de se garer sur la place de l’église et utiliseront de préférence le petit parking situé près des vieilles maisons datant de la fin du XVIIIème" siècle. (Ancienne auberge, ancienne maison d’école, etc...

Depuis la place, vous voyez l’église sur sa façade occidentale.

Dans « Le précis statistique sur le canton de Mouy » de 1835, voici ce qu’en dit Graves

« La nef de très ancienne construction, a une corniche à modillons (pièce formant saillie sur le faîte d’un mur, très souvent les modillons supportent une corniche.) grimaçants. »

« Elle est éclairée de chaque côté par quatre petites croisées (Sous le terme de croisées, l’auteur parle ici de baies ou de fenêtres. De nos jours, le mot croisée désigne, pour une église, la travée formant l’intersection de la nef avec le transept.), élevées, étroites arrondies dépourvue de tout ornement. »

« Le portail est une ogive romane (L’auteur désigne par-là, une construction en forme d’arc brisé.), en saillie, appuyée sur des colonnettes et entourée d’un cintre à dents de scie. »

« Les croisées du chœur sont formées d’ogives géminées (deux baies semblables, côte à côte.), couronnées par une rose. Des ouvertures anguleuses se croisent sous les voûtes. »

« Le clocher posé sur le chœur, est soutenu par des gros piliers. » (Il est fort probable que l’intention des bâtisseurs était de construire ultérieurement un chevet normal.)

« Il est carré, de construction moderne, terminé par une flèche en charpente qui a remplacé, vers le milieu du XVIIIème siècle, une pyramide en pierres »

« Cette église mal éclairée, a trois autels. »

« La nef offre des traces de plusieurs portes bouchées. »

Cette description est l’œuvre d’un technicien, habitué à relever les points essentiels d’un monument, nous en ferons notre base de départ.

Revenons au portail. Il provient d’un autre édifice, son épaisseur ne correspond nullement au reste de la façade.

Bien qu’il s’intègre très mal à la construction, il ne manque pas d’intérêt. Les voussures en arcs brisés sont soulignées par un décor en dents de scie assez fréquent dans la région.

 

A l’origine le tympan (Partie limitée par les voussures et le linteau, souvent illustrée au Moyen-âge, par une scène du jugement dernier, ici on est bien loin d’une représentation biblique !) devait sans doute être plus intéressant que celui que nous avons sous les yeux. Des colonnettes retombaient de chaque côté. L’ensemble, bien qu’en mauvais état, reste agréable à regarder. Durant la belle saison, la commune agrémente le linteau (bloc de bois ou de pierre, normalement horizontal, s’appuyant de chaque côté d’une ouverture.) avec des potées de fleurs qui égayent le monument.

Dès le premier coup d’œil, on repère que le portail servait d’ouverture dans un mur construit en grand appareil (façon de tailler et d’assembler les matériaux constituant une maçonnerie) (une partie du mur d’origine est restée fixée sur le haut).

Il n’est pas simple de repérer l’appareil primitif, au fil des siècles des réparations nécessaires, faites sans précautions, faussent notre jugement. On trouve ici deux façons de conforter le mur.

En bas un petit appareil cubique, plus haut, un petit appareil tout venant.

Lequel est le plus proche de la vérité ?

Continuons notre observation en contournant l’édifice par la droite. Pour ce faire, gagnons le trottoir qui longe la route.

Un contrefort placé dans l’angle renforce le mur construit en petit appareil.

Deux grandes baies ont été percées après coup, ce qui a occasionné des désordres dans l’agencement des pierres.

Au-dessus, quatre ouvertures étroites et arrondies placées près de la couverture semblent d’origine. Ces quatre petites ouvertures sont caractéristiques de la période romane. Leur ébrasement (élargissement en biais des parois latérales d’une ouverture.) est perceptible du sol.

Plus haut se trouve une corniche qui marque le sommet du mur, elle s’appuie sur une série de modillons montrant des faces grimaçantes.

Cliquez sur les miniatures pour agrandir

 

Après un deuxième contrefort et une seconde baie, une porte présente la particularité d’avoir été construite avec un linteau monolithique qui s’est fendu sous le poids de la charge à supporter. (Un exemple du même type se voit sur la porte sud de l’église d’Angy.)

Du cimetière qui entourait l’église, il ne reste rien mais le visiteur très observateur pourra essayer de lire ce qu’un lointain usager, peu confiant dans le conseil de fabrique, a fait graver dans une pierre du mur.(A propos des demandes faites aux vivants, le lecteur intéressé se reportera à l’église de Saint-Aignan d’Hondainville)

On voit dès les premiers pas que l’église de Saint-Félix n’est pas une église ordinaire. Il faut rechercher dans le passé historique du village des explications justifiant la modification des ouvertures de ce qui de nos jours fait office de nef.

Située au fond de la vallée sur un lieu de passage, Saint-Félix a du connaître bien des vicissitudes : guerre de cent ans, guerre de religions, Révolution, rattachement de la commune à Hondainville.

Pour des mercenaires, une église, est avant tout un bâtiment pouvant accueillir des hommes, des chevaux, du fourrage, il suffit d’élargir les portes ou les fenêtres, de crever un toit pour en faire une grange ou une écurie confortables. En 1590, durant les guerres de religions, l’église de Mouy a connu un sort semblable et a servi d’écurie aux soldats du seigneur !

En 1825, la commune de Saint-Félix, pour des raisons d’économie a été réunie à celle d’Hondainville. Elle ne devait retrouver son autonomie qu’en 1832. Cette réunion autoritaire n’a jamais été admise par la population de Saint-Félix trop disséminée pour former une véritable communauté, même si l’église d’Hondainville était plus agréable bien qu’un peu éloignée et fréquentée par les « gens du château ». Photo ci-dessus : une plaque d’inhumation.

Durant ces années qu’a-t-on fait des bâtiments inutilisés ?

La réponse est peut-être plus simple. Dans son étude sur le canton de Mouy, M. Graves écrit en l’année 1825 : La nef est éclairée de chaque côté par

4 petites croisées (...] Cette église mal éclairée... Nulle part ailleurs il ne fait allusion aux larges baies qui ont « éventré » les murs de la nef. On peut en déduire que lors de l’enquête ces ouvertures n’existaient pas encore et qu’elles n’ont été créées qu’à la suite de la publication de l’étude.

Reprenons notre promenade. Nous rencontrons une petite construction (avec un toit en appentis) qui s’appuie sur ce qui semble être un transept. Nous découvrirons tout à l’heure qu’elle abrite la sacristie.

Remarquez que les matériaux utilisés sont de meilleure qualité et que les pierres sont disposées d’une autre façon. La forme et la dimension des baies ont changé. La construction est plus récente. L’intérieur de la baie présente un agencement de pierres qui supporte les vitraux. En quelques pas nous sommes passés de l’époque romane à l’ère du gothique.

Détail de la face orientale (baie de droite inachevée)

Au-dessus de nos têtes se dresse le clocher en forme de pyramide, quatre petits clochetons marquent les angles, le tout est couvert en ardoises alors que les autres toitures sont en tuiles. Des baies géminées servent d’abat-sons.

Il n’est pas toujours possible de continuer la promenade sans nous exposer aux cornes pointues des vaches qui n’apprécient guère la vue sur le chœur de l’église. 

A gauche, dissimulée sous un lierre desséché, une tourelle abrite un escalier donnant accès aux combles. Encadrées par des contreforts, trois baies de style gothique éclairent l’intérieur de cette façade orientale. Seule la première de ces ouvertures (à gauche) est terminée, les deux autres présentent des anomalies dans leur remplage.

C’est une des plus belles vues sur l’église.

 

Revenons sur nos pas pour entrer dans l’édifice. Nous revoyons la nef et son petit appareil irrégulier (ce genre de construction est courant autour des Xe et XIème siècles).

Profitons de ce nouveau passage pour jeter un coup d’œil supplémentaire sur les modillons et arrêtons-nous quelques instants devant l’entrée. Des colonnettes (ou du moins ce qu’il en reste) descendent de chaque côté du portail. Ces colonnettes sont dites en délit (les pierres sont normalement utilisées dans le sens où elles ont été trouvées dans la carrière, si elles sont utilisées perpendiculairement à leur lit d’origine, elles sont dites en délit).

La suite de la promenade est le symétrique du parcours et n’apporte rien de plus sur l’église, si ce n’est l’existence d’un contrefort énorme venant épauler le mur du côté Nord.

Entrons dans l’église.

L’intérieur de l’église

 

Le visiteur qui n’a jamais pénétré dans l’édifice est surpris par l’impression d’entrer dans une grange de ferme.

Des troncs d’arbres, à peine équarris, forment comme une deuxième charpente doublant les murs existants. Des troncs passent devant les ouvertures au hasard des longueurs sans logique apparente.

Il semble qu’il s’agisse d’un étaiement de sauvegarde pour assurer la sécurité des usagers. Des contre-fiches prenant appui sur les poteaux, renforcent les pannes sablières et chacun des 10 entraits. Cette mise en sécurité était sans doute provisoire en attendant des travaux plus conséquents qui ne sont jamais venus et qui auraient caché à la vue cette poutraison solide mais un peu rustique.

(Les murs de la nef, sont formés de petites pierres noyées dans un mélange de terre et de chaux protégé par un mortier à la chaux résistant, un peu, à l’humidité).

Avant de ramener les yeux au niveau du sol, regardons avec un peu d’attention l’ensemble de la charpente. Sans être spécialiste, on comprend tout de suite qu’on a à faire à un travail conséquent, réalisé par des professionnels.

Les pièces de bois, d’un seul tenant, qui traversent le bâtiment sont les entraits, ils rencontrent en leur milieu un poinçon auquel ils sont reliés par une pièce de fer, chaque extrémité est consolidée par un morceau de bois oblique qui déplace la charge vers un poteau vertical.

 

Revenons au niveau du sol. Sur la gauche, les fonts baptismaux. Ils sont taillés d’une seule pièce. Ils servaient aux baptêmes et contenaient de l’eau bénite (ou bénie).

Sur la droite, un autre bénitier permettait aux fidèles de se mouiller un peu les doigts pour se signer avant d’aller plus avant dans l’église.

Avançons vers l’autel qui se trouve au milieu des bancs près d’une arche de pierre. Il s’agit de l’autel de service tourné vers l’assistance. (L’utilisation du chœur pour les offices a été abandonnée depuis longtemps, du fait sans doute, qu’elle éloignait le prêtre des fidèles)

Adossées au mur, des sculptures en bois attendent là, les demandes des visiteurs :

 
  • Sainte Catherine (reconnaissable à sa roue) piétinant l’empereur Maximien
  • Une vierge à l’enfant (très abîmée)
  • Un moulage en plâtre de sainte Thérèse.

Au-dessus, dans l’arc, est fixé un groupe de trois statues représentant la Crucifixion. On nomme cet ensemble : une poutre de gloire.

 

Quittons la nef pour pénétrer dans le chœur. Nous entrons sous la partie voûtée de l’église. Le sol est légèrement surélevé pour marquer la différence avec la nef réservée au peuple.

La construction du clocher a entraîné des dépenses inattendues. Entre autres, celle d’un contrefort énorme construit sur la partie Nord, pour maintenir verticale une flèche de pierre (qui fut remplacée par une pyramide en charpente au milieu du XVIIIe siècle). L’abandon du plan en croix latine, a-t-il été voulu par les maîtres d’œuvre de l’époque ou est-ce la seule solution qui leur était offerte ?

La première conséquence est que l’absence d’abside a provoqué la présence de trois autels, celui du milieu étant attribué à saint Félix patron de la commune (à ce titre sa statue surdimensionnée est imposante). L’autel de gauche, en général, était dédié à la vierge Marie. Les restes d’une peinture attestent son utilisation. L’autel de droite n’a conservé que deux statuettes qui ne nous renseignent pas sur la destination de l’autel.

L’église a souffert de la désaffection de la population. Le mobilier (confessionnal, tables d’autel, retables, etc...) est en mauvais état, seules deux belles pièces ont résisté :

Un lutrin en forme d’aigle (pour rappeler l’oiseau symbolique de l’évangéliste : saint Jean) et une pièce de bois sculptée servant de piédestal à une statue de la vierge.

Autres pièces intéressantes :

  • Une bannière de procession
  • Diverses statuettes et statues

Décorations

 

L’église est réputée comme très sombre, les quelques baies qui auraient pu être pourvues de vitraux sont fermées par des « grisailles ».

Les voûtes ont été décorées, il reste parfois quelques traces de peintures entre les nervures. En France, les peintures qui décorent les églises du Moyen-âge, se sont mal conservées, car il s’agit rarement de fresques mais de peintures murales fixées sur un enduit sec. Les colles finissent par se dégrader et les pigments tombent de leur support. Les peintures s’effacent peu à peu.

Pour terminer cet inventaire ajoutons le patron de l’église : saint Félix

Une statue

Le représente, plus grand que nature, dans le chœur, devant la fenêtre du milieu, à une place digne d’un Dieu. D’ailleurs deux personnages, qui proviennent vraisemblablement d’une représentation de calvaire, lui rendent hommage. L’ensemble disposé à contre-jour n’est pas facile à observer.

Légende de saint Félix

Tirée du livre « La légende dorée ». (Recueil rédigé au Xllle siècle.)

On dit que saint Félix était maître d’école, et que sa sévérité était par trop grande. Ayant été pris par les païens, il avoua sa conversion à la religion chrétienne. Il fut livré à ses écoliers qui le tuèrent à coups de stylet et de poinçon.

On lit dans une autre légende :

...Toutes les fois que Félix était mené à une idole, il soufflait dessus et à l’instant elle était renversée...Il fut élu évêque... pour fuir les persécutions, il se cacha dans des décombres de murailles en se glissant par un petit trou, et aussitôt des araignées conduites par la main de Dieu vinrent tendre leurs toiles sur cette ouverture. Les persécuteurs jugent qu’il n’y a personne et passent outre.

Tradition locale

Jusqu’au XVIIIe siècle, le jour de la fête de saint Félix, les habitants envoyaient une députation à Montmorency, où l’on conservait les reliques du saint dans l’église collégiale. Ces députés portaient la châsse de saint Félix, par concessions des paroissiens de Montmorency, au cours d’une procession solennelle qu’on faisait dans les principales rues de leur village.

La Révolution a interrompu cet usage qui durait depuis des siècles.

 

 

Textes  : M. Janny Noblecourt

Sources

L’architecture religieuse médiévale (éditions Fragile)

La Bible et les Saints. Guide iconographique (Flammarion)

Précis statistique sur le Canton de Mouy. Graves

Notice archéologique sur le département de l’Oise. Louis Graves

Photographies

Mme Françoise Cassagne, assistée de M. Jean-Louis Cassagne

Remerciements

M. Vonthron Maire de Saint Félix

Source :http://patrimoine-historique-du-canton-de-mouy.fr/spip.php?article18&amp ;lang=fr

 

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